Calendriers antiques : généralités

     Aux temps préhistoriques, comme les Indiens d'Amérique du Nord nous en ont laissé le témoignage, les hommes mesuraient le temps à l'aide de la Lune. Son cycle, à l'origine des premiers calendriers, débutait à la pleine Lune, symbole de fertilité et de clareté.
     Par la suite, avec l'apparition de l'agriculture, le rythme des semailles laissa deviner l'existence d'un autre cycle, solaire celui-là, rythmé par le retour régulier de la saison des pluies, de l'inondation des fleuves, du printemps ou du lever de certaines étoiles.
    Dès lors les hommes furent amenés à s'intéresser aux rapports existant entre les deux cycles pour finalement découvrir que l'année solaire comptait environ douze lunaisons.
     Mais il revient aux Égyptiens, grâce à l'observation assidue des crues du Nil, d'avoir découvert la véritable durée de l'année : 365 jours. Désireux de concilier les cycles du Soleil et la Lune dans un cadre unique, ils conçurent un calendrier archaïque de douze mois de trente jours, complété dès le Vè millénaire de cinq jours complémentaires (épagomènes). Au reste, les nombres 12 et 30 sont si remarquables par leurs multiples que les Chaldéens les placèrent au cœur de leur système de numération, système encore utilisé de nos jours dans la mesure du cercle et de l'heure, c'est à dire des cycles de l'espace et du temps.
    Très tôt, sous les cieux limpides de l'Orient,  le début du mois fut ramené au soir de l'observation du croissant émergeant de la nouvelle Lune, deux ou trois jours après la lunaison astronomique. Au contraire, sous les cieux nuageux de l'Europe, le mois commençait encore à la pleine Lune et ce n'est qu'à partir du IVè siècle avant notre ère, grâce aux progrès de l'astronomie grecque, que s'installa lentement l'habitude d'observer la nouvelle Lune comme en Orient.
    Quant au nombre des saisons rythmant le cycle solaire, il était à l'origine assez variable. Dans l'Indus ou le Croissant fertile, régions soumises à un régime de pluies annuelles, on comptait deux saisons, celle des pluies et celle de la sécheresse. Sur les rives du Nil, les Égyptiens en dénombraient trois : Akhet (l'inondation), Peret (les semailles) et Chemou (les récoltes).
    Aussi n'est-ce qu'à de plus hautes latitudes géographiques, là où les saisons sont plus marquées, que des peuples eurasiens, tels les Mycéniens, remarquables marins et fins astronomes, découvrirent que l'année était formée de quatre saisons de trois mois, articulées sur les solstices et les équinoxes (IIè millénaire). Bientôt, le début de l'année solaire fut universellement rattaché à l'un de ces quatre pivots et l'on chercha à intégrer cette nouvelle découverte dans les rouages déjà complexes du cycle soli-lunaire.
    Or l'année lunaire est trop courte de 11 jours sur l'année solaire (en effet douze lunaisons comptent 354 jours), de sorte que les calendriers lunaires auraient vagabondé dans les saisons si l'on n'y avait remédié dès le second millénaire par l'intercalation d'un mois supplémentaire quand nécessaire.
    Mieux, les astronomes chaldéens découvrirent le fameux cycle lunaire de 19 ans dans lequel, après 235 lunaisons, le Soleil et la Lune se retrouvent dans les mêmes positions qu'auparavant. Ce cycle, révélé à Athènes vers 430 par l'astronome Méton, auquel il doit son nom, ne fut appliqué qu'un siècle plus tard, sous le règne d'Alexandre le Grand, afin d'améliorer les séquences d'intercalation lunaire.
    Cependant, force est de constater qu'en dépit de la science de ses astronomes, l'Antiquité échoua à raccorder les deux cycles soli-lunaires pour la bonne raison qu'il n'existe pas de rapport simple entre eux. De plus la société civile se montra fort négligente dans la gestion des intercalations. Bien vite celles-ci devinrent un enjeu politicien par la possibilité ainsi offerte de modifier la durée des magistratures. Sauf décret royal, les cités vivaient au même instant en des mois différents. On vit même Rome fêter le printemps en hiver peu après les guerres puniques !
    Finalement, cette confusion universelle devint si nuisible aux affaires que Jules César décida de remplacer l'antique calendrier lunaire de Rome par un calendrier purement solaire, le calendrier julien, où la référence aux mois lunaires n'est plus que symbolique.
    Par la suite, une légère imprécision du cycle julien amena une dérive millénaire que le pape Grégoire XIII améliora en 1582. Le calendrier julien ainsi amélioré prit le nom de calendrier grégorien mais ne fut adopté que petit à petit par les nations européennes ; il est en vigueur en Occident et dans les instances internationales. Au reste, du fait de sa simplicité, le calendrier julien demeure utilisé par les astronomes à qui il sert d'échelle universelle des éphémérides.
    Une dernière remarque concernant la chronologie antique. Chez tous les peuples anciens, celle-ci était relative au début de la magistrature de leurs gouvernants, rois, pharaons, archontes ou consuls. Toutefois, sous le poids grandissant des relations internationales, les peuples méditerranéens ressentirent la nécessité d'intégrer leurs histoires propres au sein d'une échelle commune de temps. Aussi, dès  le Vè siècle, vit-on les meilleurs astronomes s'investir dans cet  immense chantier consistant à comparer les diverses chronologies afin de définir une ère commune à divers peuples ou cités. C'est ainsi qu'apparurent plusieurs ères autour de la Méditerranée, l'ère d'Alexandrie puis l'ère de Nabonassar en l'Égypte, l'ère olympique en Grèce, l'ère de Rome en Italie etc.


Conventions :

- EG

:

calendrier vague égyptien

- HB

:

calendrier hébreu

- MU

:

calendrier musulman

- OL

:

calendrier grec olympique

- RR

:

calendrier romain royal-républicain

- JE

:

calendrier julien erroné

- JS / J

:

calendrier julien standard proleptique

- G

:

calendrier grégorien