Le calendrier grec

    À l'origine, les Grecs suivaient les rythmes de la nature en les reliant tantôt à la Lune, tantôt aux constellations, comme en témoigne cet extrait d'un poème d'Hésiode (VIIIesiècle av. J.-C.) :

– Lever matinal des Pléïades. Les limaçons se montrent ; on aiguise les faucilles et la moisson commence.
– Lever matinal du Baudrier d'Orion. On bat la moisson.
– Sirius se lève le matin. Les chardons croissent, les cigales chantent.
– Cinquante jours après le solstice d'été commence le second été. Sirius est visible une partie de la nuit. Bon temps     pour naviguer. Chaleur humide et nuisible.
– Coucher matinal des Pléïades. Les grues se montrent.
– Coucher matinal des Hyades. Labourage et semailles.
– Coucher matinal du Baudrier. On tire les bateaux à terre.

    Comme beaucoup de peuples primitifs, ils comptaient le temps par lunaisons, saisons et générations. On ignore quand mais les premiers calendriers grecs apparurent d'abord dans les villes, chaque ville possédant alors son propre calendrier. Plus tard on s'accorda à ce que l'année commençât au solstice d'été, le mois à la Pleine Lune et le jour au coucher du Soleil. D'abord les mois furent de trente jours puis, afin de mieux s'harmoniser au cycle lunaire, de trente et vingt-neuf jours alternés, divisés en trois décades. Par la suite, à l'instar des Celtes, des Chaldéens et des Hébreux, les Grecs adoptèrent un calendrier luni-solaire, alignant le rythme de la Lune sur celui des saisons par l'adjonction empirique d'un mois intercalaire (année embolismique ou de treize mois).
     Primitivement les premières intercalations, apparues au temps de Solon (~600), avaient lieu tous les deux ans (cf. le calendrier romain). Sous Hérodote (~450), sans doute en relation avec le cycle de Méton (~433), elles intervinrent tous les trois ans. Enfin, à partir du IVe siècle, apparut l'octaétéride, cycle de huit années comprenant trois années embolismiques E de rangs 3, 5 et 8 et cinq années caves C, obéissant au schéma [CCECECCE].
    Avec l'octaétéride l'année solaire moyenne grecque n'était trop longue que de 0.2 jours seulement. Un siècle plus tard, sous le règne d'Alexandre le Grand, l'astronomie grecque parvint à des sommets en se fondant sur le cycle de Callippe, une amélioration du cycle de Méton. Ce dernier, d'une durée de dix-neuf ans, comprenait cinq années de 355 jours, sept de 354, six de 384 et une de 383 jours. Vers la fin de sa vie (~330), Callippe proposa de grouper quatre périodes de Méton en une seule de soixante-seize années à la fin de laquelle on supprimait un jour. Ainsi l'année solaire moyenne était ramenée à 365,25 jours et la lunaison à 29 jours 499/940, valeurs excellentes.
    Toutefois, ces progrès astronomiques ne profitèrent pas à l'année civile qui demeura mal réglée en raison de sa fidélité à la simple octaétéride dont les intercalations étaient plus ou moins bien suivies. Enfin, à ces désordres s'ajoutait le fait, déjà signalé, que chaque ville avait son propre calendrier. Selon les lieux, la Nouvelle Lune n'était pas observée le même jour, les intercalations n'intervenaient pas la même année.
    Enfin, sous l'impulsion d'Alexandre le Grand, un vaste mouvement unificateur se dessina, imposant petit à petit le calendrier olympique comme calendrier commun aux mondes grec et macédonien. Toutefois, il paraît que l'unanimité du mois intercalaire imposée par Alexandre à la Confédération disparut avec lui.

L'ÈRE PROTO-GRECQUE OU ÈRE DE TROIE

    L'historien grec Denys d'Halicarnasse, dans ses Antiquités romaines, commence son récit par une sorte de généalogie des peuples italiques et grecs fondée sur une "Ère de Troie" fort antérieure à l'Ère olympique. Les Grecs avaient fixé son origine à la "guerre de Troie" et considéraient que l'histoire de leurs ancètres remontait à dix-sept générations avant cette origine, elle-même fixée à seize générations avant la fondation de Rome.
    En ces temps reculés, la durée de la vie était suffisamment brève pour compter trois à quatre générations par siècle (plus tard, à Rome, on calculera trois générations par siècle). En fixant l'origine de Rome vers ~750, on calcule ainsi que la guerre de Troie eut lieu vers ~1200 et l'origine des Grecs vers ~1700 (invasion indo-européenne de la Grèce), ce que confirment les historiens modernes.
    Ce n'est que bien plus tard (VIIIesiècle av. J.-C. ?) que la chronologie grecque remplacera la génération par l'année grâce à l'observation du lever héliaque de certaines étoiles.

L'ÈRE GRECQUE OU OLYMPIQUE

    Afin de remédier aux complications engendrées par la diversité des calendriers, les astronomes et chronologistes grecs prirent l'habitude de rapporter les événements aux jeux olympiques qui réunissaient la confédération grecque tous les quatre ans à Olympie. C'est ainsi qu'apparut dès le IVe siècle une chronologie absolue reliant les événements de la confédération aux jeux olympiques, l'ère grecque dont l'origine fut fixée au solstice d'été du 1er juillet ~776.
    Cette échelle était structurée en olympiades de quatre années, deux olympiades formant une octaétéride. D'après Censorin, l'année olympique commençait le onzième jour de la Nouvelle Lune observée (à la Pleine Lune donc) suivant le solstice d'été (mois de Hecatombeon). Quant aux mois du calendrier olympique, ils reprenaient le calendrier athénien. Le tableau suivant montre en outre la correspondance avec l'année macédonienne.

  Année olympique Année macédonienne  
Pleine Lune du
solstice d'été
  1.

Hecatombeon

30 jours

10.

Loos

 
    2.

Metagitnion

29 11.

Gorpieos

 
    3.

Boedrothesterion

30 12.

Hyperbereteos

 
    4.

Pyanepsion

29   1.

Dios

Pleine Lune de
l'équinoxe d'automne
    5.

Memacterion

30   2.

Apelleos

 
    6.

Poseidon

29   3.

Audicreos

 
intercalation   6. bis

Poseidon 2

30  

 

 
    7.

Gamelion

30   4.

Peritios

 
    8.

Anthesterion

29   5.

Dystios

 
    9.

Elaphebolion

30   6.

Xanticos

 
   

 

30   6. bis

Xanticos 2

intercalation
  10.

Mynichion

29   7.

Artemisios

 
  11.

Thargelion

30   8.

Doesios

 
  12.

Skizophorion

29   9.

Panemos