Le calendrier romain

    Le calendrier romain est particulièrement complexe et son histoire obscure. Il faut dire que les Romains, peu versés en astronomie, ne se sont guère préoccupés d'histoire et de chronologie qu'à partir du IIIe siècle avant J.-C., avec le développement de leur puissance, lorsqu'ils cherchèrent à relier leur histoire à celle des civilisations du bassin méditerranéen. Pour les temps qui précèdent, la chronologie ne se stabilise qu'à partir du Ve siècle et, en matière de calendrier, l'on doit se contenter des maigres informations de quelques historiens tardifs : Cassius Dio (XLII, 26), Censorinus (De die nat. XX, 8), Ovide (Fastes I, 27-44) et surtout Macrobe (Saturnales, (1, 14) et ch. XIII).

L'ÈRE DE ROME

    Les Romains comptaient les années à l'aide des Fastes capitolins (liste des magistratures) et du rituel du plantage du clou, le premier clou ayant inauguré le temple de Jupiter capitolin et, dit-on, la République (Idus sept. ~509).
    Auparavant courrait la période royale incarnée par de nombreux rois latins, sabins puis étrusques. Cependant, de cette période, les Romains n'ont retenu que sept ou huit rois symbolisant les générations séparant la fondation de la Ville de la République. En comptant trois générations par siècle (telle était l'espérance de vie à l'époque !), ils estimèrent la durée de la période royale à 240 ans environ et donc la fondation de la Ville entre 746 et 754 av. J.-C.
    De fait, à partir du IIIe siècle, les historiens romains commencèrent à compter les années non plus à partir de l'expulsion des rois (~512, confondue avec l'inauguration du temple capitolin, Idus sept. ~509) mais depuis la fondation de la Ville, "Ab Urbe Condita (AUC)" en 753 av. J.-C. qui fonde l'ère romaine.

L'ANNÉE ROMAINE

    Comme tous les peuples de l'Antiquité, les latins observaient le lever des constellations pour les travaux des champs tandis qu'à la Ville le calendrier suivait le cycle lunaire. Le calendrier primitif romain comptait dix mois. Il s'agissait d'un cycle annuel incomplet calé sur l'équinoxe de Printemps plutôt que d'un cycle vague (dérivant). Dès le VIIe siècle avant notre ère, au contact des Grecs et des Étrusques, l'année fut portée à douze mois, puis calée sur le cycle saisonnier grâce au système de l'intercalation primitive alternant une année cave de avec une année embolismique selon un cycle calendaire. Les Romains fêtant la fin de l'année le 23 février lors des Terminalia, et non le 28, dernier jour de février, le mois intercalaire fut placé au lendemain de cette fête, entre le 23 et le 24 Février.
    D'abord prérogative royale, les intercalations calendaires furent attribuées au collège des pontifes dès le début de la République (257 AUC). Bien vite devenues l'objet de manipulations destinées à modifier la durée des magistratures, il n'était pas rare que l'année fut décalée de plusieurs mois par rapport aux saisons. C'est ainsi qu'en 190 av. J.-C. l'été tombait en hiver comme l'atteste l'éclipse de Livius qui, datée du 11 juillet romain, eut lieu en fait le 14 mars julien !
    Souvenir de l'époque royale, la durée moyenne de l'année républicaine passa sous les Décemvirs de 362,5 à 366 jours. Trop longue encore de 0,75 jours, les Romains y demeurèrent pourtant fidèles jusqu'à la fin du IVe siècle, période où Rome entra en rivalité avec le monde grec (Syracuse, Tarente, Pyrrhus).
    Sous l'influence grecque, en ~304, Rome révisa alors maladroitement son calendrier en adoptant une octaétéride où alternaient des intercalations de 22 et 23 jours, portant ainsi la durée moyenne de l'année à 366,25 jours [2x(355+377+355+378)/8], trop longue désormais d'un jour entier. Certains ont voulu y voir l'octaétéride de Cléostrate de Ténédas, qui aurait été introduite à Rome par les décemvirs dès ~450, mais cette date est prématurée dans la mesure où l'octaétéride fut imposée à la Confédération grecque puis diffusée dans le monde sous le règne d'Alexandre le Grand (vers ~330).
    Peu après la conquête de la Grèce, la découverte de son astronomie et de ses instruments (Pydna,~168) émerveilla les élites romaines. Une nouvelle réforme du calendrier fut entreprise, fondée cette fois sur un cycle de vingt-quatre ans, qui ramena enfin l'année moyenne à 365,25 jours, valeur qui fut conservée dans la réforme julienne. Mais la complexité du calendrier était devenue telle que les Romains eux-mêmes ne s'y retrouvaient plus, ce qui précipita finalement la réforme radicale de Jules César (~45).
     Dès les origines, l'année commençait à Rome aux calendes de Mars, fête de l'Anna perenna, qui coïncidait avec la Pleine Lune de l'équinoxe de printemps, même si les élections consulaires eurent lieu à des dates variées au cours des âges. En ~304, afin de s'aligner sur l'usage international, ce début fut avancé à la Nouvelle Lune d'équinoxe mais le mandat consulaire, repoussé aux Ides de Mars, continua de coïncider avec la Pleine Lune de l'Anna perenna.
    Enfin, le jour commençait à minuit, les affaires publiques se tenaient à la pointe de l'aube, tandis que l'après-midi était réservée à la vie privée.

LE CALENDRIER ROYAL PRIMITIF (VIIIe siècle av. J.-C.)

    Attribué à Romulus, héros fondateur de Rome, ce calendrier décrit une année de dix mois et 304 jours :

 Martius

31 jours

 Sextilis

30 jours

 Aprilis

30

 September

30

 Maius

31

 October

31

 Junius

30

 November

30

 Quintilis

31

 December

30

    Tel quel, ce calendrier comporte deux strates temporelles.
    La première, préromaine, témoigne d'un calendrier agricole primitif comptant quatre mois dédiés à des divinités agricoles ou d'influence grecque : Martius désigne l'élan créateur qui renouvelle le cycle des saisons et de la guerre, ainsi que le dieu Romulus à l'origine de Rome ; Aprilis dérive sans doute de "aperire", ouvrir, désignant l'ouverture des bourgeons, même si une étymologie tardive l'a relié à Vénus, symbole de la nature fécondée, à travers Aphrodite, nom grec de Vénus, ou Aperta, surnom d'Apollon dont Vénus est la soeur ; Maius se rapporte à Maia, déesse de la nature féconde ; enfin Junius est consacré à la déesse Junon, épouse de Jupiter, qui désigne la force vitale à l'apogée de sa vigueur.
    La seconde, romaine, voit le calendrier s'étendre jusqu'à dix mois, comme les dix doigts de la main, afin de prendre en compte le développement de la vie publique. Deux mois demeurent encore sans nom, témoins de l'absence d'activité publique au cœur de l'hiver. L'année reprend à la Pleine Lune voisine de l'équinoxe du printemps suivant (fête de l'Anna perenna).
    Quant au nombre de jours attribué à chaque mois, on ne peut écarter l'idée qu'il s'agisse d'une reconstitution tardive due aux historiens romains du IIIe siècle avant notre ère.

LE CALENDRIER ROYAL (VIIe siècle av. J.-C. ?)

    Attribué au roi mythique Numa Pompilius en 700 av. J.-C., ce calendrier fut vraisemblablement introduit à Rome à la suite des échanges commerciaux que la ville entretenait avec les Étrusques et les Grecs dès le VIIe siècle av. J.-C.
    Il se caractérise par l'introduction de deux mois supplémentaires dont l'ordre primitif était : Februarius (27 jours), dédié au dieu des morts et des enfers Febro, et Januarius (29 jours), consacré au dieu des portes Janus (les portes symbolisaient le début et la fin d'un cycle temporel, ici l'année). De plus, tous les quatre ans venait s'intercaler un mois supplémentaire de 30 jours après Février. L'année comptait alors 354 ou 384 jours. Enfin, une réforme étrusque porta le mois de Février à 28 jours et l'année à 355 / 385 jours afin que celle-ci comportât un nombre impair (faste) de jours. En notant 0 l'année cave et 1 l'année embolismique, la signature du cycle calendaire était [0 0 0 1].

 Martius

31 jours

 September

29 jours

 Aprilis

29

 October

31

 Maius

31

 November

29

 Junius

29

 December

29

 Quintilis

31

 Februarius

27 / 57
28 / 58

 Sextilis

29

 Januarius

29

  LE CALENDRIER RÉPUBLICAIN

     Au début de la République, sous les Decemvirs (~450), les deux mois de Janvier et Février furent permutés. Par ailleurs, l'année moyenne étant trop courte (362,5 jours), on décida d'intercaler 22 jours tous les deux ans en alternant une année cave de 355 jours (notée 0) avec une année embolismique de 377 jours (notée 1), portant l'année moyenne à 366 jours, le cycle calendaire présentant la signature [0 1]. Les vingt-deux jours de l'année embolismique formant le mois de Merkedonius étaient intercalés au lendemain du 23 Février, fête des Terminalia (bornes des champs et de l'année). Dans ce cas le mois de février comptait cinquante jours (28 + 22). Toutefois, comme déjà signalé, ces intercalations étaient irrégulières et permettaient de modifier la durée des magistratures. Noter enfin que, sous la république, l'année consulaire débutait aux calendes de mars, jour de la Pleine Lune de l'Anna perenna, voisine de l'équinoxe de printemps, les dates des élections consulaires demeurant quant à elles variables. 
Au terme de ces remaniements, le calendrier se présenta alors ainsi :

 Martius

31 jours

 September

29 jours

 Aprilis

29

 October

31

 Maius

31

 November

29

 Junius

29

 December

29

 Quintilis

31

 Januarius

29

 Sextilis

29

 Februarius

28 / 50

     En ~304, les calendes des mois furent déplacées de la Pleine Lune à la Nouvelle Lune, en exemple des Grecs à la suite d'une réforme d'Alexandre le Grand (cf. calendrier grec). Toutefois l'année civile demeura attachée à la pleine lune de l'Anna perenna, de sorte que les consuls entrèrent désormais en fonction non plus aux calendes mais aux ides de mars (cf. Tite-Live et Denys d'Halicarnasse). Dans le même temps, comme le donne à penser un texte de Macrobe signalé plus bas, l'octaétéride fut introduite à Rome, formant une alternance d'intercalations de 22 et 23 jours tous les deux ans. En notant 0 l'année cave de 355 jours, 1 l'année intercalaire de 377 jours et 2 celle de 378 jours, l'octaétéride romaine présentait désormais la signature suivante : [0 1 0 2 0 1 0 2], ce qui porta la durée moyenne de l'année à 366,25 jours, trop forte d'un jour comme le remarque Macrobe.

LE CALENDRIER RÉPUBLICAIN TARDIF (IIe siècle av. J.-C.)

    La conquête de la Grèce (Pydna, ~168) acheva d'imprégner Rome de cette culture lumineuse et de l'intéresser en particulier aux sciences. De fait, vers cette époque, apparaissent à Rome pour la première fois cadrans solaires, sphères armillaires et clepsydres (~164) ; peu après (~153), l'entrée en charge des consuls fut avancée aux calendes de Janvier. Tout donne à croire que fut alors conduite une nouvelle réforme du calendrier dont Macrobe se fait l'écho (Saturnales-I,14.3) :

«...On se mit à compter à l'exemple des Grecs, en ajoutant 90 jours chaque huit ans. On les divisait en quatre intercalations, dont deux de 22 et deux de 23 jours, qu'on plaçait chaque deux rangs. Mais l'année des Romains ayant un jour de plus que l'année des Grecs, chaque année se trouvait avoir un jour de reste ; ce qui, au bout de huit ans formait un excédent de huit jours intercalaires. Cette erreur ayant été reconnue à son tour, voici quelle espèce de correction fut adoptée. Chaque vingt-quatre ans, au lieu de 90 jours, on n'en intercalait que 66. Par ce retranchement de 24 jours produit par le jour ajouté à l'année des Grecs se trouvait compensée l'erreur...».

    Le cycle de vingt-quatre ans ainsi décrit comprenait donc trois octaétérides auxquelles l'unique moyen de retrancher 24 jours était de supprimer une intercalation de 23 jours et de transformer une intercalation de 23 en 22 jours. Cette correction était introduite dans la troisième octaétéride du cycle (cf. Le Verrier), qui présentait donc deux signatures possibles :

- soit    [0 1 0 2 0 1 0 2 - 0 1 0 2 0 1 0 2 - 0 1 0 1 0 1 0 0]
- soit    [0 1 0 2 0 1 0 2 - 0 1 0 2 0 1 0 2 - 0 1 0 0 0 1 0 1]

    Grâce à un certain nombre d'indications d'ordre climatique et astronomique rapportées par les documents de cette époque, l'astronome Le Verrier a pu, à la demande de l'empereur Napoléon III, reconstituer le dernier cycle de 24 ans qui, on peut le montrer, débuta en l'an ~63 avant d'être interrompu par la réforme julienne. Ce sont les Tables de correspondance préjuliennes de Le Verrier reproduites plus loin.
    Pour les années antérieures, nous sommes parvenus à rétablir ces correspondances pour la période ~111 à ~64 à l'aide de quelques thèmes astrologiques bien datés. Ce sont les Tables de concordance préjuliennes de Gabriel également présentées dans la suite.
    Antérieurement à l'année ~111, il est permis de penser que d'autres cycles de 24 ans se déroulèrent, datant peut-être cette réforme de l'année ~135, voire ~159.
    Notons enfin que, dans le calendrier préjulien, l'équinoxe de printemps était censé coïncider avec les calendes de Mars en début de cycle et avec le 25 Mars en fin de cycle. La suppression de 24 jours aurait donc ramené l'équinoxe au 1er Mars si les intercalations avaient été correctement suivies. Toutefois les erreurs d'intercalations rendirent vaine cette disposition qui fut reprise dans la réforme julienne.

LE CALENDRIER JULIEN (45 av. J.-C.)

    Jules César profita de la dictature ainsi que de sa charge de Grand Pontife, pour imposer à Rome une réforme radicale du calendrier.
    Il s'agissait ni plus ni moins d'instaurer pour la première fois dans l'histoire un calendrier purement solaire, uniquement fondé sur l'équinoxe de printemps et sans aucune référence lunaire.
    La réforme, confiée aux astronomes Flavius et Sosigène, reposait sur les points suivants :

– restaurer les trois dernières intercalations omises durant la Guerre civile en 704, 706 et 708 AUC. (~50, ~48 et ~46).  En pratique on ajouta 67 jours (22 + 23 + 22) sous la forme de deux mois intercalaires situés entre novembre et décembre 708 (Dion Cassius, Histoire romaine - XLIII, 26). Cette année, qui compta 422 jours, fut surnommée l'année de la confusion. L'année 709 (~45) fut la première du style julien (cf. Tables de Le Verrier).
– conserver à l'année sa durée moyenne de 365,25 jours en vigueur dans le style préjulien.
– conserver à l'équinoxe de printemps la date du 25 Mars théoriquement prévue dans le style préjulien.
– allonger la durée des mois de sorte à compenser la suppression du mois intercalaire de Merkedonius.
– insérer tous les quatre ans un jour intercalaire en lieu et place du mois intercalaire afin de compenser la perte annuelle de 0,25 jours. Ce jour, situé entre le VII K. Martius (23 Février) et le VI K. Martius (24 Février) fut appelé "ante diem bissextum Kalendas Martias ", abrégé en "a.d. bis VI Kal. Mart.", soit 24 bis Février, d'où son nom de bissextile.
– afin que l'équinoxe de printemps coïncida avec le 25 Mars, l'année 709 (~45) fut décrétée bissextile (bien que controversée, cette solution est retenue avec raison par Le Verrier).

Enfin, sur proposition de Marc-Antoine, le mois de Quintilis fut rebaptisé "Iulius" en l'honneur de Jules César. Plus tard, lors de la réforme d'Auguste de l'an ~8, le mois de Sextilis fut à son tour renommé "Augustus" en l'honneur du Princeps Auguste (cf. ci-après).

Dans le calendrier julien, les mois prennent leur forme moderne et se présentent ainsi :

 Martius

31 jours

 September

30 jours

 Aprilis

30

 October

31

 Maius

31

 November

30

 Junius

30

 December

31

 Quintilis - Iulius

31

 Januarius

31

 Sextilis - Augustus

31

 Februarius

28 / 29

    Notons enfin que l'adoption de la semaine judéo-chrétienne à la place des Nones et des Ides romaines fut décrétée par l'empereur Constantin en l'an 321.

LES CALENDRIERS JULIEN ERRONÉ (~45) ET STANDARD (4 ap. J.-C.)

    Dès la mort de Jules César, les pontifes interprétèrent mal la nouvelle règle d'intercalation et comptèrent les années bissextiles tous les trois ans au lieu des quatre prévus. Cet état de fait dura jusqu'à ce que l'empereur Auguste y remédiât par un décret daté du 5 Janvier 8 av. J.-C, au terme duquel il décida que les trois années bissextiles suivantes seraient ordinaires. La période [~45, +4] correspond à ce qu'on appelle le calendrier julien erroné (JE).
     Macrobe, toujours dans les Saturnales (I,14), s'en fait l'écho :

«...Cette erreur dura pendant 36 ans, pendant lesquelles 12 jours furent intercalés alors qu'il en aurait fallu 9; cette même erreur, tardivement perçue, Augustus la corrigea ainsi : les 3 jours qui, en 36 ans, étaient issus de l'erreur de l'activité sacerdotale furent annulés par l'absence d'intercalation pendant les 12 années suivantes...».

    Il est intéressant de noter que ces calculs s'expliquent de deux manières : soit l'auteur méconnaît la règle du calcul des intervalles, ce qui était courant à Rome, soit il considère que l'année ~45 ne fut pas bissextile, ce que bon nombre d'historiens contestent. Quoiqu'il en soit, il est assuré que les pontifes avaient introduit trois jours bissextiles de trop qui furent supprimés après l'année ~8 en décrétant ordinaires les années ~5, ~1 et +4. Ainsi, le 24 Février 4 ap. J.-C. inaugure le calendrier julien standard (JS ou J) tel que le pratiquent toujours les chrétiens orthodoxes et les astronomes. En même temps, le mois de Sextilis est rebaptisé Augustus.
     Durant cette période troublée ont donc été déclarées bissextiles les années suivantes :

    En pratique, les astronomes prolongent le calendrier julien standard aux dates antérieures à sa création par Jules César. On parle alors de calendrier julien proleptique. Placé au sein de la période de Scalinger, il devient l'échelle universelle du temps astronomique et des calendriers historiques, permettant ainsi des conversions aisées d'un calendrier à l'autre (il existe des algorithmes pour ce faire).

    Quant à établir la concordance des dates entre les calendriers juliens erroné et standard, nul n'est besoin de tables, le calcul en est aisé. D'une part la période décalée par l'introduction erronée d'un jour bissextile court du 24 Février N au 23 Février N+3. D'autre part, en notant Bje et Bjs le nombre de jours bissextiles introduits respectivement en modes erroné et standard, on déduit la date julienne standard (Djs) de la date julienne erronée (Dje) à l'aide de la formule suivante : Djs = Dje + Bje - Bjs.
    Voici deux exemples :

LE CALENDRIER GRÉGORIEN (1582)

    Son nom consacre l'auteur de la réforme du calendrier julien, le pape Grégoire XIII (1572 - 1585). Plutôt que de réforme, il serait plus juste de parler d'amélioration de la précision du calendrier julien. D'ailleurs on distingue plutôt dans le cadre du calendrier de Jules César le style julien du style grégorien, tant il est vrai qu'il s'agit quasiment du même calendrier.
    De fait, dès le Haut Empire romain, on se rendit vite compte de l'écart existant entre l'équinoxe de printemps et sa date prévue au 25 Mars par le calendrier julien. On mit cela sur le compte d'une erreur de calcul de l'astronome Sosigène qui avait notamment décrété l'année ~45 bissextile. Finalement, en 325, lors du concile de Nicée, alors que l'équinoxe tombait désormais le 21 Mars, les Pères de l'Église décidèrent de retenir définitivement cette date comme étant celle de l'équinoxe de printemps afin d'améliorer le calcul de la date de Pâques.
     Et pourtant, force fut de constater dans les siècles suivants que la lente dérive de l'équinoxe se poursuivait inéxorablement. Malheureusement le recul général des sciences, et de l'astronomie en particulier, qui suivit la ruine de Rome ne favorisa pas la recherche de l'origine astronomique du phénomène.
     Le premier à remettre en cause la durée de l'année julienne fut le moine bénédictin anglais Bede (673 - 735). Après lui, de plus en plus de mathématiciens confirmèrent cette interprétation et s'attachèrent à en préciser l'erreur. Plusieurs conciles furent saisis de projets de réforme, mais les Pères estimèrent avec sagesse qu'il valait mieux attendre des progrès astronomiques décisifs avant d'entreprendre une réforme. Enfin, au XVe siècle, le projet de réforme fut adopté mais la situation politique complexe de l'Europe, ainsi que le poids des traditions, différèrent encore le projet jusqu'à ce que le pape Grégoire XIII engageât la réforme tant espérée en 1582.
    Car, tradition héritée de la Rome antique, la tenue du calendrier relevait de la seule autorité du Pontifex Maximus, c'est à dire du Souverain Pontife. Solidement appuyée sur de nombreux travaux scientifiques et en dernier lieu sur un collège d'experts réuni autour du mathématicien Christoph Clau (Clavius) et du physicien Aloysius Lilius, la réforme du calendrier julien fut promulguée par le pape Grégoire XIII le 24 Février 1582.
    Bien que minimaliste, jamais réforme du calendrier n'eut autant de mal à s'imposer. Ce furent d'abord les États catholiques qui mirent plusieurs années à l'adopter. Puis, petit à petit, au cours des deux siècles suivants, ce fut le tour des États protestants. Enfin, les États orthodoxes ne s'y rallièrent qu'après la Première guerre mondiale (cf. Tables de concordance julio-grégoriennes).
     Ce faisant, du fait de la domination occidentale dans le monde, le style grégorien est devenu au fil des siècles une référence incontournable dans les relations internationales. Toutefois, chrétiens orthodoxes et astronomes sont restés fidèles au style julien pour des raisons qui leur sont propres.
    Au total, le style grégorien n'est autre que le style julien dont on a amélioré la précision. Pour le reste, la définition des mois et des jours est demeurée inchangée, à ceci près que le comput rétrograde des jours romains a été abandonné au XVIe siècle pour celui plus pratique de leur rang dans le mois ; à cette occasion, le jour bissextile a glissé du 24 bis au 29 Février.

LA RÉFORME GRÉGORIENNE (1582)

    La durée de l'année julienne a été fixée en ~45 à 365,25 jours. Au XVIe siècle, la réforme grégorienne a retenu la valeur de 365,2425 jours. Or, on le sait aujourd'hui, la durée exacte de l'année tropique s'établit à 365,24219878 jours, soit quasiment 365,2422 jours.
    Ces quelques chiffres montrent que si l'année julienne est effectivement trop longue de 0,0078 jours par an, qui expliquent la dérive constatée de l'équinoxe de printemps de 7,8 jours par millénaire, l'année grégorienne l'est également de 3/10000, soit trois jours en dix mille ans.
    On peut en effet donner de l'année tropique deux développements fractionnaires :

    Quoiqu'il en soit, tel qu'il existe, le calendrier grégorien est suffisamment précis pour la vie quotidienne et, d'ici vingt-neuf siècles, il aura vraisemblablement été remplacé par un calendrier perpétuel quelconque.
    Concrètement, l'année grégorienne mesure 365 jours 97/400. Afin d'améliorer le style julien, il a donc suffit de prendre deux mesures fort simples :
– une mesure de court terme, consistant à recaler l'année julienne sur l'équinoxe de printemps de l'an 325 (21 Mars) par la suppression immédiate de dix jours : on décréta que le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 serait le vendredi 15 octobre. Cependant, nous l'avons vu, cette mesure mit des siècles à s'appliquer en Europe.
– une mesure de long terme, destinée à éviter toute dérive future du calendrier par la suppression de trois jours en quatre cents ans : il fut donc décidé que seules les années séculaires divisibles par quatre cents seraient bissextiles. De fait, seules les années 1600 et 2000 furent bissextiles, non pas 1700, 1800 et 1900.

    Et pourtant, qui aurait pu penser que cette réformette allait provoquer des émeutes lors de la suppression des dix jours et des querelles et complications de calendrier sans fin entre catholiques, protestants et orthodoxes !